Topo des voies - Région Oche - Secteur Face Nord de la Dent d'Oche
  
 
 
Malgré son altitude modeste de 2222 m - hé oui, nous sommes dans les Préalpes – vue depuis les abords du lac ou depuis le plateau de Gavot, la face nord de la Dent d'Oche est omniprésente et a plutôt fière allure. Depuis le village de Bernex, avec la perspective on a peine à croire qu’elle fait seulement 350 mètres de dénivelé. Son ascension par la voie Ravanel est de difficulté tout à fait raisonnable même si on y trouve souvent des conditions humides ce qui est plutôt normal pour une face nord. Dans l’ensemble, le rocher y est tout à fait correct, même si comme pour la face nord du Chauffé sa texture très lisse et légèrement lichéneuse surprend au premier abord. Enfin, hormis la section sommitale, elle est libre de toute section herbeuse. Cette voie est souvent parcourue en hiver et voit passer de temps à autre des grimpeurs solitaires. Moustiqu'Oche, sa voisine de droite plus moderne, n’est pas forcément plus belle, mais est plus sérieuse et plus engagée.

Moustiqu'Oche : l'histoire

Blotti sous un petit surplomb, Dominique, qui m’assurait à l’épaule, et qui sous la dynamique gravitationnelle de ma leste personne s’est vu impitoyablement arraché de son précaire petit cocon pour aller s’encastrer dans le petit surplomb qui le dominait, me regarde avec un air effaré (il a un incontestable talent pour ça) pendouiller grotesquement en-dessous de lui avec un nuage de moustiques autour de la tête. Dans un vol de plus de 30 mètres, je viens de déboutonner (j’aime bien cette expression, je l’ai lue dans des bouquins d’apocalypse montagnarde et ça fait très professionnel) quasiment toute la quatrième longueur au-dessus de moi et toute la ferraille cliquette maintenant lamentablement sur mon nœud de corde. Il me lance un anxieux «Ça va ?» qui suit la confusion des grands événements dont l’issue reste encore incertaine. Crânement, je réponds avec une vraie fausse bravoure par un emphatique «No problem». Toujours suivi par mon cumulonimbus de moustiques, qui, après mon essai de voltige, m’a définitivement adopté comme membre honoraire de sa famille, je remonte très prudemment à la corde et constate comme dans les bons films, ceux qui finissent bien, que le dernier piton, planté tête en bas m'a retenu. Pas vraiment étonnant, vu notre matos : pitons de type barre à mine alors que seules des lames fines et ultra courtes permettent de domestiquer les maudites fissures étroites et bouchées de la face Nord de la Dent d'Oche, jeu de coinceurs ultra fantaisistes et pas de la bonne taille (pas question de friends non compatibles avec nos modestes revenus de l'époque, d'ailleurs, peut être que ça n'existait même pas à cette ère, je ne sais plus). Échaudés, d'un instantané et commun accord, nous décidons avec une sagesse toute emprunte de philosophie de remettre à plus tard nos captivantes études sur la gravitation universelle et tirons les rappels toujours entourés par nos amis insectes qui, manifestement, avaient trouvé avec nous le moyen de se faire une bonne petite fête de fin de saison, afin de rentrer en hibernation la panse bien remplie de bon sang de blaireaux.

Un retour en trombe nous ramène sur Thonon à bord de l’Ami 8 du futur Seigneur de Sciez, ce qui, vu avec le recul de quelques décennies, constituait certainement le moment le plus dangereux de la journée. Il faut vous dire que l’Illustre, enivré dès son plus jeune âge aux lectures de Michel Vaillant, avait une conception de la conduite automobile qui semblait être la synthèse d’un bestial croisement entre Vatanen et Ben-Hur. Dans les virages, malheureusement nombreux en Chablais, deux roues lui auraient suffit, mais bon comme le Maharaja de Sciez en avait payé quatre, il s’exprimait avec sa gouaille inimitable pour quatre… Seuls quelques élégants tonneaux effectués quelques années plus tard dans une étonnante discrétion (c’est la discrétion qui est étonnante, pas les tonneaux) lui permirent de revenir à une conception, disons plus familiale, de la conduite même s’il est sujet de temps à autres à quelques rares mais très fiévreuses rechutes.

C’est donc, avec la peau couverte de l’écume blanche du devoir accompli pour le Monarque Sciezois et de l’écume verte de la peur mal maîtrisée pour moi, que nous nous précipitons à «Sport Service», magasin bien connu à l'époque par les grimpeurs, pour compléter notre vétuste matériel. Quelques pitons courts, trois-quatre coinceurs supplémentaires et nous voilà suréquipés. Pas tout à fait, car Michel Richard qui gérait le célèbre magasin, flairant avec une salvatrice intuition le futur très probable grabuge qui inévitablement allait faire la une du Messager (la gazette locale), nous propose le produit miracle : le gollot, oui j’ai nommé, le gollot. On disait comme ça à l’époque et ça n’était rien de plus qu’un misérable boulon de huit monté sur une vulgaire plaquette alu ressemblant à si méprendre à un couvercle de bouffe pour chat. Michel, moitié paternel, moitié railleur, nous explique le pourquoi et le comment de l'installation de cet ustensile magique, ceci avec moult schémas qui auraient pu constituer le premier bréviaire de la célèbre collection des nuls : « Le gollot pour les Nuls » (pour ceux qui ne suivent pas, les nuls c’était nous). C'est donc, équipé d'un tamponnoir rouge flambant neuf et de notre bréviaire, toujours talonnés par nos compères moustiques, que nous retournons nous les geler là-haut. Finalement, après quelques coups de marteau sur les gollots et les pitons et autant sur nos doigts, le tout entrecoupé de ténébreuses manœuvres de cordes que, malgré la prescription du temps, je ne puis vous conter par peur d’être enfermé pour grave désordre mental, nous sortons sans trop de mal et surtout pas peu fiers notre première voie. Les moustiques, uniques témoins de l’affaire et qui doivent encore en glousser, nous ont, vous l’aurez deviné, très naturellement inspirés ce léger petit jeu d’esprit que constitue le nom de la voie.

Aujourd'hui, je me demande toujours ce qui nous a pris avec Petto, le Calife de Sciez, de choisir cette ligne, belle il est vrai, comme baptême d'ouverture. Ingénus, nous n'avions à l'époque aucune expérience de première, jamais planté un piton si ce n'est un ou deux sur un bloc du parking juste pour vérifier s’il était vrai que ça chantait du ZZ Top sous le marteau. L’Altesse de Sciez, dont l’oreille mélomane affutée par des années de grosse caisse est incontestable, avait validé notre méthode du chant du piton avec le succès vu plus haut. La raison, dont nous étions manifestement en carence, aurait dû nous faire choisir un cheminement, simple, court, ludique et bien exposé au soleil : ce n'est pas ce qui manquait dans la région. Non, pour nous, seule comptait cette escalade obsédante et curieusement ignorée dans la face nord du mythe chablaisien, et de surcroît en octobre quand ça caille, pour que « l’exploit », à l’image des plus belles aventures montagnardes, soit incontestable. Enfin, un grand merci quand même à cette bonne étoile qui nous a protégé de notre naïve et inconsciente insouciance.
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Toponymie de la Ravanel

Curieusement, les anciens étaient plutôt conformistes dans leurs choix des noms de voies et se limitaient à de platoniques voie nord, fissure ouest ou voie Machin, du nom de l’ouvreur. C’est ainsi que la première voie historique en face nord de la dent d’Oche fut dénommée la « voie Ravanel » puis plus communément la « Ravanel » du nom de ses légendaires ouvreurs, les Ravanel, « ceux de Chamonix » comme les appelaient souvent les montagnards de la vallée. Les topos contemporains se limitent bien souvent à une suite de chiffres et d’informations strictement techniques, sensées refléter le plus précisément possible la difficulté et donc la performance pure. Avant guerre, les descriptions dans les guides (on ne parlait pas de topo à l’époque) donnaient rarement des précisions sur les difficultés des voies et se contentaient souvent de laconiques qualificatifs tels que « facile, difficile ou pénible ». Par contre, ces anciens, toujours en quête de symboles, savaient faire preuve d’imagination et souvent de poésie dans la description et la toponymie des passages d’une escalade, notamment lorsque celle-ci sortait de l’ordinaire. La face nord de l’Eiger, constitue l’exemple le plus frappant de cette symbolique. C’est ainsi que la description de l’itinéraire est rythmée par de nombreuses métaphores qui évoquent mais aussi renforcent incontestablement l’histoire mouvementée et souvent dramatique de la face. On trouve ainsi : « la difficile fissure, la traversée Hinterstoisser, le bivouac de la mort, la rampe, la traversée des dieux, l'araignée, le fer à repasser, la mouche…».

Toute proportion gardée, même si certains dans un moment d’égarement se risquent à comparer la Dent d’Oche à un petit Cervin, la Ravanel, voie mythique et convoitée pour les locaux n’échappe pas à cette règle. C’est ainsi qu’au fil de l’ascension, l’on trouve : « la vire aux Thononnais », large et confortable, perchée au-dessus de raides pentes d’herbe et qui marque, en quelque sorte, le départ de la voie. Plus haut, dans la grande fissure, on trouve « le pas du chat » suivit de « la niche ». « La brèche du déjeuner » située entre la pointe Yvonne et la face nord proprement dite marque le milieu de la face et s’avère pratique pour casser la croûte (ou aujourd’hui pour manger son mini-Mars). Le « tunnel pass », un orifice vertical permet de rejoindre le « balcon » au pied de la « fissure Ravanel » crux de la voie. La fissure est coupée en deux par un replat, le « balcon supérieur ». On en termine enfin en passant « la plate-forme » suivie de la dernière difficulté « la dalle lisse Néplaz-Dupont». La plupart de ces noms ont été donnés par les seconds (René et Georges Néplaz, Denis Dupont le 15 juin 1936) et troisièmes (René et Georges Néplaz, Pierre Barone et Henri Raffin le 30 août 1936) ascensionnistes.
Vos commentaires sur cet article : Nombre : 10 Dernier : 30 août 2015   12:39  Voir les commentaires Faire un commentaire
 EN BREF -  INFORMATIONS SUR LE SECTEUR En savoir plus...
Intérêt secteur : Beauté secteur : Orientation : Nord Altitude : 1900 m
Temps approche : 1h30  Période : mi-juin à octobre Enfants :  - Pluie : Sèche lentement, résurgences
Soleil en été : 15h-19h Equipement : TA Style escalade : Raide & très raide Pour qui : Avancé
Voies/longueurs : 5 / 39 Difficultés : 5a à 6c Dénivellations : 250 à 350 m Carte : I.G.N. 3528 ET - Morzine
Points forts: Sauvage, terrain d'aventure Points faibles: Austère, rocher peu stucturé
DESCRIPTION DES VOIES DU SECTEUR
  
?            Nom de la voie            Cotation Max Orient. Hauteur Obligé          Équipement                   Matériel           Desc. Type Q. équip. Intérêt
  • [3]
TD inf 5b Nord
  • 350m
5b
Ouvreurs: François Braize / Jean-Louis Urquizar, 19 juillet 1967 / Ouverture du bas
Description: Voie très peu reprise (2ème en août 1972 par Georges Gauthier et Michel Chatelain, parcourue plus récemment à l'automne 2003) pour cause de rocher médiocre et de pitonnage difficile. La voie démarre dans le grand couloir situé juste à gauche de la Pointe Yvonne (premières longueurs mixtes et foireuses) et longe des dalles compactes pour sortir au sommet par des pentes d'herbe. Passage clé dans L6 avec une fissure-cheminée en renfougne. Itinéraire non équipé: prévoir un petit jeu de pitons et bien sûr, de la coincette. Du bon gros terrain d'aventure bien « cha-blet-sien ».
Cotations: L1: 3 / L2: 3 / L3: 4b / L4: 3 / L5: 4b / L6: 5c / L7: 3 / L8: 2 / L9: 3 / L10: 3
Descente: du sommet, suivre le chemin de la voie normale.
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Nombre : 1 Dernier : 06 juillet 2015   13:49  Voir les commentaires Faire un commentaire

  • [16]
D 5a Nord
  • 350m
4c
Ouvreurs: François Jacquier / Arthur, Camille & Joseph Ravanel, 6 juin 1925
Description: Escalade classique et célèbre du Chablais. Parcours fréquents en hiver. Belle ambiance sauvage. Les quelques longueurs herbeuses au-dessus de la « Fissure Ravanel » n'enlèvent rien à la beauté de la voie.
La première longueur en 4b peut être évitée en passant dans des pentes d’herbes main gauche. Une sorte de tunnel, étroit et malcommode, qui démarre juste sous la brèche située entre la pointe Yvonne et la face Nord d'Oche (R5) permet de rejoindre le R6 au pied de la fissure Ravanel. La faible cotation de la fissure Ravanel pourra surprendre ceux qui n'ont pas l'habitude de ce genre d'escalade. Une variante d'une longueur (bon 5b, avec de nombreux clous en place) permet d'éviter la fissure Ravanel (escalade en dalle, plus au standard contemporain !). A prendre depuis la brèche sur la gauche de la fissure Ravanel. Quand la voie est mouillée ou grasse, ce qui est fréquent, l'escalade devient beaucoup plus délicate.
Prendre des coinceurs et des sangles pour compléter l’équipement en place, qui a été bien amélioré ces dernières années (merci à Jean-Louis Urquizar), mais reste souvent disparate (plaquettes Ø12, pitons et quelques vieilles broches scellées). Dans l’ensemble les relais sont corrects. Même si, couramment, ça se parcourt avec un seul jeu de coinceurs, personne ne vous engueulera si vous prenez des friends.
Cotations: L1: 3 / L2: 4b / L3: 4b / L4: 4b / L5: 4b / L6: 4a / L7: 5a / L8: 3 / L9: 4c / L10: 3
Descente: Du sommet, suivre le chemin de la voie normale.
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Nombre : 12 Dernier : 05 août 2015   22:46  Voir les commentaires Faire un commentaire

  • [4]
D 5a Nord
  • 350m
4b
Ouvreurs: R. Bitzberger / E. Gantin / R. Néplaz / L. Sabatier, le 28 juillet 1941
Description: Un petit complément à l'ascension de la face Nord de la Dent d'Oche. Démarrer depuis la large brèche quelques mètres au-dessus du R3 de la voie Ravanel. 25m, rocher délité et dangereux. Du sommet, le point de vue sur la face nord est intéressant.
Pour la petite histoire, Yvonne, qui n’est jamais montée au sommet de sa pointe homonyme était l’amie de Georges, le frère de René Néplaz. Mais surtout, Yvonne, était le prénom de l’épouse de Charles de Gaulle que tout les deux admiraient, ce qui n’est pas sans rapport avec le contexte de l’époque. [Info Georges Gauthier]
Cotations: Une courte longueur en 4/5.
Descente: Un rappel[nopdf] de 30 mètres[/nopdf] ramène à la brèche. Attention, prévoir de quoi renforcer le rappel.
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Nombre : 3 Dernier : 17 mai 2012   14:28  Voir les commentaires Faire un commentaire

  • [4]
ED 6c Nord
  • 250m
6b
Ouvreurs: Dominique Filippetto / Wahil Saïd, octobre 1985 / Ouverture du bas
Description: La plus moderne de la face Nord. Face très verticale et grande ambiance. Cependant, dans son état actuel la voie est sale et l’équipement a bien vieilli (un ravalement complet s’impose !). Depuis R6, la retraite en rappel est possible mais difficile.
Cotations: L1: 3 / L2: 4b / L3: 4b / L4: 6b+ / L5: 4c / L6: 6b / L7: 3pa-6b+ / L8: 6c / L9: 3 / L10:4c
Descente: Rejoindre le refuge par une brève traversée herbeuse sur la droite puis suivre le chemin de la voie normale.
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Nombre : 3 Dernier : 02 juin 2009   14:31  Voir les commentaires Faire un commentaire

  • [3]
D sup 5b Nord
  • 250m
5b   
Ouvreurs: A. Chamot / J.L. Urquizar, juin 1963 / Ouverture du bas
Description: Voie complètement délaissée. A droite de la voie Ravanel, repérer un grand dièdre caractéristique qui remonte la face sous le refuge de la Dent d'Oche. Attaquer dans un dièdre évasé et oblique. La voie débouche au refuge de la Dent d'Oche : succès garanti...Itinéraire non équipé: une vingtaine de pitons nécessaires. Itinéraire parcouru en hiver.
Cotations: L1: 3 / L2: 4b / L3: 3 / L4: 5b - A1 / L5: 4c / L6: 4b / L7: 4b
Descente: Du refuge suivre le chemin de la voie normale.
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